« La recherche ? Un moyen d'agir et de faire évoluer la santé des femmes », Valentine Lhortolat, sage-femme à l’hôpital Lyon Sud

Première sage-femme lauréate de l’appel à projets « jeunes chercheurs » des HCL, Valentine Lhortolat mène une étude inédite sur le lien entre cycle menstruel et consommation d’alcool.

Cette lyonnaise curieuse, ouverte et entreprenante est un « pur produit », dit-elle, de Lyon Sud, où elle a effectué ses études1 et où elle travaille actuellement comme responsable de l’équipe de liaison et de soins en addictologie (Elsa). Elle a également exercé en libéral pendant trois ans, privilégiant le suivi gynécologique et la prévention au long cours plutôt que l'activité en salle de naissance. Son approche est centrée sur la prise en charge globale des femmes et de leurs vulnérabilités.

Son intérêt pour la recherche est né grâce à l’opportunité offerte par l’université Lyon 1 de poursuivre un master en science pendant ses études. La nomination de Corinne Dupont, première sage-femme professeure des universités, sera aussi déterminante. « J’ai réalisé que cette voie était possible pour ma profession ». Elle a donc complété ses études avec un master 1, puis un master 2 en santé publique après l'obtention de son diplôme. 

Aujourd’hui, âgée de 27 ans, elle prépare une thèse de doctorat en santé publique qu'elle prévoit de soutenir d'ici la fin de l'année 2028, une thèse co-dirigée par le Pr Benjamin Rolland, chef du service universitaire d’addictologie de Lyon et celle qui fut son inspiratrice, la Pre Corinne Dupont, avec laquelle elle collabore désormais au sein du laboratoire de recherche Reshape.

Une étude de genre inédite et pourtant évidente

C’est lors d'un stage au centre hospitalier Le Vinatier que Valentine Lhortolat a fait le constat que la physiologie féminine et le cycle menstruel chez la femme sont rarement pris en compte dans les protocoles de sevrage ou les consultations d'addictologie. « Alertée par cet écueil, il m’a paru évident d’en savoir plus sur le rôle des hormones dans la santé de la femme. » 

En addictologie, elle est régulièrement confrontée à des patientes souffrant de trouble d’usage d’alcool (Tual). En France, si la consommation de tabac baisse, celle de l'alcool chez les femmes stagne, avec une augmentation préoccupante des alcoolisations ponctuelles importantes (API), soit environ six verres en une occasion, dans toutes les classes d'âge (18-75 ans). Alors que « face à l'alcool, les femmes présentent plus de vulnérabilités en comparaison des hommes en raison de leur métabolisme », souligne-t-elle.

Son projet de recherche est composé de deux volets. Le premier, baptisé Flow, s'intéresse précisément au lien entre le cycle menstruel et la consommation d’alcool en population générale. « Des études animales et humaines ont montré que la progestérone semble avoir un effet protecteur sur la consommation. La phase lutéale (entre l'ovulation et les règles, ndr), où la progestérone est élevée, serait ainsi une période de moindre vulnérabilité. À l'inverse, les œstrogènes augmenteraient le stress et l'envie de consommer, notamment lors du pic ovulatoire », informe-t-elle.

Le deuxième volet, baptisé Salamander, sera réalisé avec le Vinatier et inclura 100 à 120 patientes ayant un trouble d’usage d’alcool. Menée sur trois cycles menstruels (environ 3 mois), l’étude repose sur un suivi quotidien via smartphone (consommation d’alcool, stress, anxiété, qualité de vie), complété par des prises de sang mensuelles et des évaluations psychiatriques.

Caractériser une vulnérabilité biologique cyclique propre aux femmes ouvrirait de nouvelles pistes d’investigation. À terme, les résultats pourraient transformer le soin de façon à « adapter les traitements en fonction des phases du cycle menstruel, utiliser la contraception hormonale comme levier thérapeutique, apprendre aux femmes à identifier leurs phases de vulnérabilité, ou encore adapter la prise de certains médicaments en fonction du cycle pour minimiser les effets secondaires... »

Une vision globale pour une médecine personnalisée

L’étude Flow débutera à l’automne 2026 et inclura trois à cinq milles femmes issues de la population générale. Les participantes devront notamment avoir un cycle régulier et, afin d’évaluer un potentiel effet, pourront utiliser une contraception hormonale. 
Son ambition est d'ouvrir la voie à une médecine personnalisée et genrée en addictologie.

« En identifiant les périodes de vulnérabilité hormonale, les professionnels de santé pourraient adapter les stratégies thérapeutiques, proposer des traitements hormonaux spécifiques, renforcer la prévention et, in fine, améliorer la qualité de vie globale des patientes. » Une ambition portée par la volonté d’agir et de faire avancer la santé de la femme, « encore trop souvent traitée d’après des modèles masculins. »

 

1. À la faculté de médecine et de maïeutique de l’université Lyon 1, implantée sur le site de l’hôpital Lyon Sud.
2. Méthode de collecte de données en temps réel. Le répondant rend compte de son comportement et des facteurs qui l’influencent, en temps réel, à plusieurs moments de la journée, depuis son propre environnement de vie. Il peut être interrogé sur son état de stress, d’anxiété, son humeur, son niveau d’activité physique, etc.

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