« La recherche donne des clefs pour avancer », Anaëlle Caillet
Curieuse et tenace, comme elle se définit elle-même, elle approfondit depuis plusieurs années un thème de recherche complexe : la satisfaction, la compréhension et, au-delà, l’impact sur les familles de la prise en charge des patients en service de réanimation. Si la recherche structure aujourd’hui son parcours professionnel, s’engager dans cette voie n’a pourtant pas été une évidence.
Durant son travail de fin d’étude à l’Institut de formation en sciences infirmières (IFSI) Clemenceau, le domaine restait abstrait, davantage vécu comme un passage obligé. C'est sa cadre de santé, Anne-Marie Poireault, qui l'a poussée vers cette voie deux ans après son arrivée dans le service de réanimation, en 2019, en l'incitant à transformer ses irritants quotidiens en sujets d'étude. L’infirmière, déjà très investie, prend alors la mesure de ce que la recherche peut lui apporter, ouvrant devant elle des horizons aussi vastes que stimulants.
Des débuts remarquables
Après un premier projet sur les troubles psychologiques des familles en 2019 qui n'a pas abouti mais a confirmé son intérêt pour l’investigation, elle a profité de la pandémie de Covid pour étudier l'impact de la crise sur les soignants. Des débuts en recherche très remarqués puisque ce travail lui valut de remporter le prix du meilleur article de réanimation de l’année décerné par la Société française d’anesthésie et de réanimation. Soutenue et mentorée par le Pr Bernard Allaouchiche, chef de service adjoint du service d'anesthésie-réanimation et médecine intensive à l'hôpital Lyon Sud, l’infirmière s’éveille à tout ce que la recherche peut apporter en compétences et en ouverture d’esprit.
« On remet en question nos pratiques, on résout des problématiques, on échange avec les médecins et d’autres paramédicaux. Elle nous donne des clefs pour avancer... ».
En plus de son activité clinique, elle renforce son parcours académique avec l’obtention d’un DU en recherche clinique à l’Ecole de santé publique de Bordeaux, d’un Master 1 puis d’un Master 2 en santé publique et recherche clinique à la faculté de médecine Lyon Est. Aujourd’hui, elle est rattachée à Reshape, laboratoire de recherche en santé publique (U1290 Inserm/Lyon 1) sous l’autorité de la Pre Julie Haesebaert et du Dr Auguste Dargent (MCU-PH). Son sujet de prédilection demeure les troubles psychologiques des proches de patients en réanimation.
« Des études ont montré un pourcentage significatif de proches avec un syndrome de stress post-traumatique un an après la prise en charge en service de réanimation », indique-t-elle. « Pour les familles, l’instant est souvent extrêmement violent, inattendu, c’est la plupart du temps un parcours de vie qui s’arrête1 ».
La technique, le relationnel et l’organisation de travail
Partner2, son projet actuel, creuse un peu plus encore cette piste d’investigation. « La littérature montre que 50 % des familles ne comprennent pas le motif d'hospitalisation après le premier entretien médical. Elles n'osent souvent pas poser de questions aux médecins mais sollicitent énormément les infirmiers une fois la porte de la chambre fermée ».
L’objectif est de formaliser un entretien conjoint médecin-infirmier qui améliorerait la satisfaction et la compréhension des familles, du diagnostic, du pronostic et du traitement. Pour mener à bien cette étude, l’investigatrice, lauréate de l’appel à projets « recherche paramédicale » des HCL en 2025, bénéficie d’un financement de la Fondation HCL ... Une première pour une infirmière !
L’étude prévoit de porter sur 100 familles. Une première phase d'observation a eu lieu de janvier à mars 2026, suivie d'une phase de formation des équipes en avril et d'une seconde phase d'évaluation de la satisfaction et de la compréhension des familles qui a débuté mi-mai. Afin de prolonger l’étude, qui a d’ores et déjà fait évoluer les pratiques dans le service, l’infirmière de 29 ans prévoit dès ce mois d’octobre 2026 de poursuivre une thèse de doctorat3 en sciences infirmières. Elle pourrait à ce titre se voir octroyer une bourse doctorale par les HCL.
Pionnière, son objectif à terme est de devenir enseignante-chercheuse pour faire évoluer la profession et assouvir son besoin de comprendre et d’agir pour les patients. « La recherche est un moyen de donner du sens à ma pratique hospitalière, tout en créant des passerelles entre la clinique, l'enseignement et l'innovation organisationnelle. »
1. En 2025, le taux de mortalité dans le service de réanimation de l’hôpital Lyon Sud s’élevait à 13,1%.
2. Impact d'une coanimation des entretiens médicaux en présence des familles en réanimation sur la satisfaction et la compréhension.
3. Dirigée par le Dr Auguste Dargent, avec le Pr Cyrille Colin (HCL/Lyon 1), Laurent Poiroux, docteur en sciences infirmières et ancien infirmier en réanimation (CHU d’Angers).