Etude CHIPOR : la CHIP démontre son efficacité dans la prise en charge des récidives de cancers ovariens
Le concept est le suivant : la maladie visible (maladie macroscopique) est traitée par une chirurgie de cytoréduction puis la maladie invisible à l’œil nu (maladie microscopique) est détruite par la chimiothérapie chauffée placée directement dans la cavité péritonéale. Elle associe l’avantage de délivrer de la chimiothérapie directement au contact des cellules tumorales à plus forte dose que ce que l’on peut administrer par voie intra-veineuse, et une hyperthermie qui, pour des valeurs de 42°C, est cytotoxique et qui augmente de plus l’action cytotoxique de la chimiothérapie et sa pénétration dans les tissus. La CHIP est réalisée au bloc opératoire, juste après le geste de chirurgie. En effet, pour que le traitement soit efficace, il doit avoir lieu avant que les adhérences post-opératoires n’apparaissent. Ces adhérences, consécutives à la chirurgie, pourraient sinon piéger des cellules tumorales qui ne seraient pas détruites par l’apposition de la chimiothérapie.
La première CHIP en Europe a été réalisée en 1989, à l’initiative du Pr François-Noël Gilly de l'hôpital Lyon-Sud. Les Hospices Civils de Lyon sont donc pionniers dans la réalisation de cette technique qui a été depuis développée par le Pr Olivier Glehen, dans le service de chirurgie digestive et oncologique de l'hôpital Lyon Sud. En 2025, plus de 3 000 CHIP ont été réalisées et 4 à 6 procédures par semaine sont actuellement programmées dans l’équipe, ce qui nous place en leader international dans la prise en charge des pathologies tumorales péritonéales.
L’étude CHIPOR, un pas vers un changement des pratiques ?
Présentée au congrès annuel de l’ASCO (American Society of Clinical Oncology) en 2023 et publiée dans le Lancet Oncology en 2024, l’étude CHIPOR dévoile ses résultats. CHIPOR est une étude randomisée d’envergure internationale (implication de 33 centres en France, en Belgique, au Canada et en Espagne), ayant inclue 415 patientes en récidive de cancer de l’ovaire. L’équipe du Pr Olivier Glehen, de l'hôpital Lyon Sud, pionnière de la technique de CHIP a été le 1er centre d’inclusion dans l’étude CHIPOR, promue par Unicancer.
L’étude CHIPOR a comparé la survie globale et la survie sans rechute chez des patientes ayant reçu ou non le traitement avec CHIP, en plus du traitement standard de chimiothérapie et une chirurgie optimale dans des centres spécialisés.
Les résultats montrent une amélioration significative des chances de survie et de survie sans rechute (en particulier péritonéale) chez les patientes traitées par CHIP.
« CHIPOR est une avancée majeure dans la lutte contre le cancer de l’ovaire et fait de la CHIP un outil majeur à considérer dans la prise en charge multidisciplinaire et complexe des récidives du cancer de l’ovaire »
Pr Olivier Glehen
La CHIP fait aujourd’hui partie du traitement recommandé, par les dernières lignes directives de l’ASCO (American Society of Clinical Oncology) (J Clin Oncol 2025), en 1ère ligne du traitement des cancers de l’ovaire initialement non résécables, ce qui représente la majorité des cas. Il s’agit donc de résultats supplémentaires permettant de poursuivre avec conviction les recherches sur l’intérêt des traitements loco-régionaux pour toutes les causes de métastases péritonéales, qu’elles soient d’origine gynécologique, primitive ou digestive.
« Il n’a pas toujours été facile de proposer la randomisation d’une technique que nous proposions en recours depuis plusieurs années pour des récidives de cancer ovariens. Mais la démonstration scientifique de son bénéfice par l’étude clinique CHIPOR va permettre aujourd’hui d’améliorer la diffusion de la technique et de la proposer ou la recommander à davantage de patientes » Dr Naoual Bakrin, chirurgienne gynécologue spécialisée dans la chirurgie de la carcinose péritonéale
Une ouverture vers de nouveaux sujets de recherche
Les résultats de CHIPOR valident l’intérêt du concept d’associer à la chirurgie péritonéale spécialisée, un traitement intrapéritonéal complémentaire. C’est tout l’enjeu de la recherche clinique et expérimentale développée au sein de l’équipe de recherche du centre d’innovation en cancérologie de Lyon (CICLY, Université Lyon 1), et de ses applications au sein de notre centre de référence de prise en charge des maladies péritonéales.
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Hyperthermic intraperitoneal chemotherapy for recurrent ovarian cancer (CHIPOR): a randomised, open-label, phase 3 trial
The Lancet Oncology, Volume 25, Issue 12, 2024