Exosquelette et plasticité cérébrale, Enguerran Houdry, kinésithérapeute-chercheur des HCL

Enguerran Houdry consacre ses travaux de recherche à l’utilisation de l’exosquelette comme outil de rééducation physique pour des patients souffrant d’atteintes neurologiques. Entre soin, science et innovation technologique.

Diplômé en 2016, Enguerran Houdry a exercé dans divers établissements avant de rejoindre les Hospices Civils de Lyon en septembre 2022. À l’hôpital Henry Gabrielle, il trouve le milieu professionnel auquel il aspirait. Confronté à une grande diversité de patients, il assouvit son intérêt pour la neurologie. " J’ai choisi la neurologie par passion pour la complexité des cas et l'absence de protocoles figés, ce qui exige une réflexion intense et constante ".

Exercer dans le deuxième CHU de France, c’est aussi l’opportunité " d’un suivi au long cours, de quelques mois à plusieurs années, d’un travail en équipe avec les médecins, ergothérapeutes, psychomotriciens, orthophonistes, infirmiers, prothésistes, secrétaires, etc. " Parmi les patients qui passent entre ses mains, des blessés médullaires " et aussi des cas de plus en plus fréquents de jeunes souffrant de carences graves en vitamine B12 liées à l'inhalation de protoxyde d'azote ", alerte-t-il. 

Une voie de recherche ambitieuse

C’est dans ce contexte stimulant qu’il rencontre Sébastien Mateo, premier kinésithérapeute maître de conférences des universités (MCU) en sciences de la rééducation à Lyon, depuis septembre 2021. Attiré par la recherche et l'enseignement dès ses études, Enguerran est titulaire d'un Master 2 en biomécanique et d'un DU de recherche paramédicale obtenu en 2025. Cette année-là, il est aussi lauréat de l’appel à projets « recherche paramédicale » des HCL. " Sébastien Mateo m’a appris en quelque sorte les ficelles du métier de chercheur. Il m’a mis sur la voie des sujets de recherche qui me mobilisent aujourd’hui. "

En 2026, il reprend les études et souhaite s’engager dans un doctorat en neurosciences, sous la direction du Pr Jacques Luauté, chef du service de médecine physique et de réadaptation neurologique et de Sébastien Mateo. Sa thèse porte sur l'utilisation de l'exosquelette HAL (pour hybrid assistive limb) comme outil de rééducation physique pour des patients souffrant d’atteintes neurologiques. " Contrairement aux modèles passifs, cet appareil détecte les signaux électriques des muscles du patient pour assister le mouvement. L’hypothèse est que cela stimule davantage la plasticité cérébrale. "

Pour évaluer l'efficacité de l'exosquelette, le chercheur compte s’appuyer sur un design d’étude SCED (pour single case experimental design). Cette méthodologie permet un haut niveau de preuve scientifique avec un nombre limité de participants, - dix patients sont prévus -, en multipliant les mesures, à raison de soixante par patient, sur douze semaines, " au même titre que les essais randomisés contrôlés ", précise-t-il. Trois phases de rééducation successives sont programmées : une phase active avec l’exosquelette HAL, une phase avec un modèle passif ne nécessitant aucun effort du patient, puis une phase de rééducation conventionnelle. 

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Enguerran Houdry aux côté de l'exosquelette japonais HAL à l'hôpital Henry Gabrielle - HCL

Explorer la plasticité cérébrale

Les premières inclusions sont prévues à la rentrée 2026 et vont courir sur deux ans. " Il faudra compter ensuite un an pour analyser les résultats avant la soutenance de thèse en 2029. " Afin d’approfondir l'étude de la plasticité cérébrale, Enguerran Houdry envisage de collaborer avec des laboratoires d'analyse du mouvement et l'utilisation d'électroencéphalogrammes portatifs : " Ce qui permettrait d’en savoir plus sur la manière dont les patients contrôlent l’exosquelette, quels bénéfices ils en tirent et surtout de recueillir un nombre de données conséquentes sur la plasticité cérébrale. " 

La plasticité cérébrale correspond à la capacité du cerveau à créer de nouvelles connexions neuronales. " Dans le cadre de la rééducation physique, la plasticité cérébrale joue un rôle clé. Lorsqu’une personne subit un accident, une maladie ou une perte de mobilité, après un AVC, un traumatisme, une chirurgie, par exemple, certaines zones du cerveau peuvent être endommagées ou être moins efficaces. Grâce aux exercices répétés, au mouvement et à l’entraînement, le cerveau apprend à réactiver des circuits affaiblis ou à contourner ces difficultés en confiant certaines fonctions à d’autres aires cérébrales. "

Autrement dit, la rééducation ne fait pas que renforcer les muscles ou améliorer les gestes : elle rééduque aussi le cerveau, qui s’adapte progressivement pour permettre de retrouver des capacités motrices, de l’autonomie et de la confiance dans le mouvement. L’enjeu de la recherche est donc d’évaluer précisément l’impact de l’exosquelette HAL et de vérifier son intérêt par rapport à une rééducation conventionnelle. 

" On ne finit jamais d’apprendre "

Aujourd’hui, Enguerran Houdry partage son temps entre le soin hospitalier, l’enseignement de la biomécanique à l’Institut des sciences et techniques de réadaptation (ISTR, Lyon 1) et la recherche. Il réitère son ambition de devenir clinicien-chercheur, entre le terrain et la théorie. " On ne finit jamais d’apprendre », dit-il. Il refuse de se détourner de la pratique clinique, estimant que « c'est là que naissent les questions de recherche pertinentes. " 

Projetant sa carrière au sein des HCL, il voit dans le futur déménagement de l’hôpital à Bron en 2031, une opportunité pour développer de nouveaux projets de recherche, avec l'ambition de mener à terme des études multicentriques à l'échelle européenne. " La recherche n’a de sens que si elle bénéficie au patient ", conclut-il. 

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