Des ateliers culinaires pour les patients post-cancer : publication des résultats de l’étude BIOQUALIM
Les céréales anciennes sont une source importante de protéines végétales et cultivées en agriculture biologique, de manière respectueuse à l’environnement. Le projet BIOQUALIM est le fruit d'une collaboration entre plusieurs acteurs lyonnais de la santé, cherchant à répondre aux enjeux nutritionnels actuels en évaluant des variétés de céréales et légumineuses et leur impact sur la santé.
Cette étude s’inscrit dans un contexte actuel, à savoir le déploiement d’un système alimentaire sain et durable, pour préserver la santé de l’homme et de la planète. Ainsi, 37 scientifiques du monde entier ont établi un rapport (EAT-Lancet Commission), qui a pour objectifs de modifier notre alimentation pour arriver à un régime flexitarien, de réduire de moitié le gaspillage alimentaire et de modifier les pratiques agricoles (qualité plutôt que quantité et production durable). On parle du Planetary Health Diet (PHD).
Le projet BIOQUALIM, lauréat de l’AMI Shape-Med 2023, s’inscrit dans cette démarche transdisciplinaire, en réunissant des agriculteurs de la région (pour avoir une consommation biologique et en circuit court) pour avoir une alimentation riche en protéines végétales (diminution de notre consommation de viande qui est, en trop grande consommation, facteur de risque de maladies non transmissibles, comme les cancer), des chercheurs en santé publique et en chimie (détermination des bénéfices santé en prévention tertiaire et des composition nutritionnelles des épeautres) et de patients/proches aidants partenaires (mettre son expérience au service des autres patients)
Les participantes à l’étude étaient des femmes, âgées de 45 à 70 ans, et atteintes de cancer. Elles étaient dans la période d’après traitement de leur cancer, qui avait entraîné des difficultés à s’alimenter, en lien avec des troubles digestifs. Cet apport insuffisant pour l’organisme, notamment en protéine, peut être problématique. Durant plusieurs semaines, elles ont participé à six ateliers de cuisine animés par d’anciens patients : on parle d’animation en pair-aidance. Elles y ont appris à cuisiner des recettes simples (une salée et une sucrée différente à chaque atelier), autour des protéines végétales type épeautre (sous toutes ces formes : farine, grains, semoule…), tout en respectant les recommandations faites par le PHD. À la suite de ces différents ateliers, les participantes ont été interrogées pour connaître leur retour d’expérience suite à ces ateliers. Elles ont également répondu à un questionnaire, avant et après les 6 ateliers, afin de savoir si leurs connaissances, attitude et comportement quant aux protéines végétales, ont été modifiés.
Les résultats de cette étude viennent d’être publiés dans la revue « support care in cancer ». L’analyse qualitative des entretiens a mis en évidence :
- Une reconstruction du rapport à l’alimentation ;
- Un renforcement du lien social et du sentiment de normalité ;
- Une amélioration du bien-être global grâce à la convivialité et au partage d’expériences.
Par ailleurs, leur connaissance sur ces céréales et sur l’alimentation durable a presque doublé. Certaines ont expliqué se sentir plus sûr d’elle à cuisiner et que cela leur a également permis de ressentir une amélioration dans leur digestion et une augmentation de leur énergie. Elles ont cependant exprimé des difficultés à reproduire les différentes recettes car certains produits sont difficiles à trouver et peuvent être chers. Elles ont également souligné le fait que certaines recettes demandaient de l’organisation et du temps. Mais malgré ces petits obstacles, l’expérience leur a donné envie de continuer et de manger plus souvent des protéines végétales.
« Depuis la mise en place des ateliers culinaires, dans le cadre du projet « du PEPS en cuisine », nous sommes convaincus du bien-fondé de ceux-ci. De nombreux patients expriment avoir eu des troubles digestifs au cours de leur traitement du cancer, des difficultés à s’alimenter et à trouver du plaisir à manger et ces effets secondaires peuvent persister après les traitements. Même si ces enjeux sont bien connus sur le terrain, ils sont peu documentés dans la littérature scientifique. Nous avons pu mettre en évidence que les ateliers culinaires ne relèvent pas d’une simple activité occupationnelle mais qu’ils constituent un espace d’écoute, de partage et de reconstruction, tout en prenant goût à cuisiner ! », conclut Audrey Ringot, investigatrice principale de l’étude et cheffe de projets Coordination en Cancérologie à l’hôpital Lyon Sud.
Article rédigé par Julien Château dans le cadre de son stage de L3 Sciences du Vivant et Humanité (ESTBB, UCLY), avec la participation à Romain Lan, Emmie Goetz, Lama Basbous et Anne Lastmann (RIPAÏ), Marie-Thérèse Charreyre et Florence Carrouel (Parcours Santé Systémique (P2S) UR4129)
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Murat-Ringot A, Lan R, Goetz E, Basbous L, Charreyre MT, Carrouel F. Peer-led plant-based cooking workshops for post-cancer patients: an observational pilot study on dietary practices. Support Care Cancer. 25 oct 2025;33(11):978.
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